Cristaux géométriques en formation lente sur fond sombre — métaphore de la cristallisation d'une posture de dirigeant en coaching, approche Eloya

Quand demandez-vous un coaching ? — ce que la réponse dit de votre culture

La cristallisation qui prend ou qui ne prend pas

Un mail arrive dans votre boîte, intitulé confidentiel. Le DG vous écrit : « Il faut faire quelque chose pour X. Tu peux lui trouver un coach ? C'est un peu la dernière chance. » Vous relisez. Vous savez exactement ce que cela signifie. X est sur la sellette depuis quelques mois. Les retours 360 ne sont pas bons. Le budget coaching qu'on vous avait refusé l'an passé pour son intégration devient soudain urgent, maintenant qu'il s'agit de sauver le poste.

Vous acceptez, parce que c'est votre métier, et parce que ce type de demande répond à un vrai besoin de l'organisation. Et vous savez, au moment où vous cherchez un coach disponible, que la marge de transformation sera sans doute étroite. Pas parce que le coach sera mauvais. Parce que le cadre même dans lequel on l'appelle laisse peu de place au déploiement complet d'un accompagnement.

En chimie, une solution sursaturée cristallise lorsque les conditions sont réunies. Une température stable, un temps de repos, un milieu pur. Les cristaux qui en émergent sont nets, solides, durables. Quand on force la cristallisation en agitant, en chauffant trop vite, en négligeant la pureté du milieu, on obtient des cristaux fragmentés, fragiles, qui ne tiennent pas. Le coaching fonctionne ainsi. Il a besoin de conditions. Et le moment où vous l'appelez détermine presque entièrement la qualité de ce qui cristallisera.

→ Sur les vingt-quatre derniers mois, combien de coachings avez-vous financés en sauvetage ? Combien en prise de fonction ?
→ Pouvez-vous nommer un dirigeant de votre organisation qui a bénéficié d'un coaching avant qu'un problème n'apparaisse ?
→ Quel message reçoivent vos managers lorsqu'ils voient partir en coaching uniquement leurs collègues en difficulté ?

Pourquoi le moment où vous appelez change tout

Ce qui se joue chez le dirigeant : l'espace qui existe ou qui n'existe pas

Un coaching véritable repose sur une séquence précise. Un espace-temps hors des turpitudes de la vie professionnelle. Une expérience qui s'y déroule, que le coaché traverse, que le coach propose sans imposer. Une prise de conscience qui en émerge. Un apprentissage : qu'est-ce que cela m'apprend ? Une mise en action : comment je transpose dans mon quotidien ? Cette séquence demande des conditions que le coaching de dernière chance ne permet presque jamais de réunir.

Le dirigeant à qui l'on propose un coaching en mode rattrapage entre en séance en se défendant, pas en s'ouvrant. Il sait qu'il est évalué, qu'un verdict pèse sur sa tête, que ce qu'il dira pourra être utilisé. L'espace hors turpitudes ne se constitue pas — il est saturé de la pression qu'il cherchait à fuir. La cristallisation ne prend pas. Le dirigeant accompagné en amont, lors d'une prise de fonction ou d'une évolution de responsabilité, entre avec une disposition radicalement différente. Il a le droit de ne pas tout savoir. Il peut explorer sa posture sans que son poste soit en jeu. L'expérience devient possible, la prise de conscience aussi.

Ce qui se joue dans la dynamique collective

Dans une organisation sur deux que j'observe, le coaching est encore principalement réservé aux dirigeants à risque. Le collectif apprend vite, comme il apprend toujours. Demander un coaching peut alors être perçu comme avouer une fragilité, même lorsque personne ne l'a formulé ainsi. Les profils les plus engagés peuvent apprendre à cacher leurs doutes, à ne rien laisser paraître, à différer la sollicitation d'un appui. Les signaux faibles sont parfois refoulés, et peuvent devenir avec le temps des signaux forts — pris en charge alors, mais plus tard qu'ils n'auraient pu l'être.

Dans les organisations où le coaching est intégré aux rituels de prise de fonction, le message inverse s'installe. Se faire accompagner devient un signe de sérieux, un marqueur de prise de responsabilité. Les doutes deviennent partageables. Les carrières s'en trouvent prolongées, les équipes apaisées. Sur la même ligne de pensée, la manière dont l'environnement d'apprentissage soutient ou non le transfert de compétences éclaire directement ce qui se joue dans une politique de coaching.

Ce qui se joue au niveau organisationnel : la croyance qui tient tout

Sous cette pratique se loge une croyance qui mérite d'être regardée. Elle s'exprime rarement à voix haute et structure pourtant les arbitrages : le coaching, c'est pour remettre d'aplomb ceux qui dérapent. Cette croyance a sa légitimité. Elle traduit un réflexe budgétaire sain, celui de traiter ce qui brûle d'abord. Elle a permis à de nombreuses organisations d'absorber des situations délicates qu'elles auraient autrement laissé dériver. Elle n'a rien d'illégitime en soi.

Elle laisse cependant dans l'angle mort une zone où l'investissement pourrait être plus économe encore — celle de la préparation. Les carrières interrompues, les démissions discrètes, les équipes ralenties par le départ d'un manager qu'on n'a pas soutenu à temps constituent des coûts moins visibles, parfois plus lourds que ceux d'un accompagnement anticipé. Il ne s'agit pas de remplacer la culture de la réparation par celle de la préparation. Il s'agit d'ajouter l'une à l'autre.

On ne cristallise pas dans l'urgence.

Sincèrement, parmi les dirigeants que vous avez vu partir de votre organisation en emportant une expertise difficile à remplacer, combien auraient pu rester si l'accompagnement était venu plus tôt ?

Trois leviers pour préparer la cristallisation

Levier 1 — Inventorier sans juger

Prenez les vingt-quatre derniers mois. Comptez les coachings financés. Classez-les en deux colonnes : ceux destinés à prévenir, accompagner une prise de poste, soutenir un parcours ; ceux destinés à réparer, sauver, remettre d'aplomb. Le ratio brut, sans commentaire, constitue déjà une prise de conscience. Vous n'avez rien à défendre à ce stade. Vous regardez ce que votre organisation a vraiment investi, dans les faits. Cette première lecture suffit souvent à déclencher une conversation que personne n'osait entamer.

→ Si vous deviez présenter ce ratio en CODIR la semaine prochaine, quelle serait la première question que vous poseriez — non pas sur les chiffres eux-mêmes, mais sur ce qu'ils révèlent ?

Levier 2 — Intégrer le coaching aux prises de fonction

Inscrivez le coaching dans les rituels standards de la prise de fonction, en parallèle des dispositifs existants. Pas en option, pas en négociation au cas par cas. En standard. Comme un onboarding est standard. Quand un collaborateur accède à un CODIR, quand un manager passe de N-2 à N-1, quand un expert devient manager, le coaching accompagne la bascule. Le message interne change en quelques mois. Le coaching devient un marqueur de prise de responsabilité, un signe que l'organisation prend au sérieux les moments où tout s'invente.

Une DRH me confiait récemment, non sans humour, avoir mis plus d'énergie à standardiser l'octroi du badge d'accès qu'à standardiser l'accompagnement du passage à la responsabilité. La remarque fait sourire, et elle dit quelque chose d'assez juste sur les priorités qu'on finit par ranger par habitude.

→ Sur les cinq dernières prises de fonction stratégiques dans votre organisation, combien ont été accompagnées d'un dispositif de coaching dès les premiers mois ?

Levier 3 — Déplacer la culture en rendant le coaching visible

Faire évoluer la culture pour que demander un coaching devienne un signe de maturité, au même titre qu'un signe de vigilance, demande que les dirigeants les plus exposés se fassent coacher visiblement. Et qu'ils en parlent. Le silence sur le coaching des dirigeants entretient le tabou sans raison. Quand un membre du COMEX dit, en CODIR, je travaille depuis six mois avec un coach sur ma manière d'écouter, il autorise tous les autres à faire de même. Cette parole, qui semble anodine, déplace des montagnes culturelles. Sur la manière dont la pensée d'un dirigeant se clarifie quand elle est soutenue par un cadre d'écoute, la réflexion rejoint directement ce qui fait la différence entre un coaching de sauvetage et un coaching de préparation.

Et si c'était là l'un des rôles les plus stratégiques d'une DRH en matière de coaching ? Non pas en substitution des dispositifs de rattrapage, toujours nécessaires, et en accompagnant ces dispositifs d'un pilier de préparation qui donne au coaching sa pleine valeur. Un rôle où vous cessez d'arbitrer des urgences pour dessiner une trajectoire.

Le cristal qui dure

La cristallisation prend du temps. Elle demande des conditions précises, un milieu pur, une température stable. Appeler le coach à l'urgence reste souvent nécessaire, et cela répondra toujours à une part réelle du besoin. Et à côté de cela se trouve un autre usage, qui n'attend pas que les éléments se dispersent pour rassembler les conditions : on prépare la cristallisation plutôt que de la rattraper. On ne cristallise pas dans l'urgence.

→ Pouvez-vous percevoir, dans votre organisation, un désir latent de sortir du seul registre de la réaction ?
→ Ne mériteriez-vous pas de voir le coaching s'installer comme un dispositif de préparation, en complément de ce qui existe déjà ?
→ Qu'est-ce qui, aujourd'hui, pourrait aider votre direction à faire ce pas supplémentaire, sans renoncer à ce qui fonctionne déjà ?

Et si le prochain coaching que vous financiez l'était pour préparer, avant même qu'un problème ne se pose ?

Ajoutons un volet préparation à votre politique de coaching

30 minutes pour regarder votre ratio coaching sauvetage / prise de fonction, identifier les prises de fonction à accompagner dès cette année, et tracer les premières pierres d'une culture où préparer et réparer se renforcent mutuellement.

Discutons de votre politique de coaching

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